Communiqué de presse
Face au climat extrême, Gembloux teste une agriculture moins dépendante des énergies fossiles
Alors que le réchauffement climatique, largement alimenté par notre dépendance aux énergies fossiles, intensifie les épisodes de chaleur et de sécheresse, l’attention se concentre souvent sur les conséquences plutôt que sur les solutions déjà disponibles. Or celles-ci peuvent à la fois réduire notre recours aux énergies fossiles et rendre les systèmes alimentaires plus résistants aux aléas climatiques. À Gembloux Agro-Bio Tech – Université de Liège, le Centre de recherches en agriculture urbaine (C-RAU) travaille à les évaluer, à les optimiser et à préciser les conditions de leur déploiement.
Gembloux, le 18 août 2026 – L’incendie qui a touché les Hautes Fagnes rappelle la vulnérabilité de nos territoires lorsque chaleur, sécheresse et végétation desséchée se combinent. Sans préjuger de la cause immédiate de cet incendie particulier, les connaissances scientifiques montrent que le réchauffement climatique augmente la fréquence et l’intensité des conditions chaudes et sèches favorables au développement et à la propagation des feux.
Un incendie nécessite toujours une ignition et ses causes locales doivent être établies. Mais le changement climatique modifie les conditions dans lesquelles ces événements surviennent : vagues de chaleur plus longues, sols plus secs et sécheresses plus sévères accroissent les risques. En Europe, Copernicus et l’Organisation météorologique mondiale ont notamment relevé en 2025 une activité exceptionnelle des feux de végétation dans un contexte de conditions particulièrement chaudes et sèches.
Cette évolution renvoie à une cause de fond : l’accumulation de gaz à effet de serre liée aux activités humaines, et en premier lieu à l’utilisation du charbon, du pétrole et du gaz. La réponse doit donc être double : réduire notre dépendance aux énergies fossiles et adapter nos systèmes de production alimentaire à un climat devenu plus instable.
De nombreuses solutions sont déjà connues et disponibles, il est nécessaire de les considérer ! Le rôle de la recherche est de continuer à les tester, à les améliorer et à déterminer dans quelles conditions elles peuvent être utilisées efficacement, afin d’accélérer leur mise en œuvre sur le terrain.
Produire des aliments tout en réduisant la dépendance aux énergies fossiles
Sur la plateforme expérimentale WASABI de Gembloux Agro-Bio Tech, les chercheurs évaluent depuis trois ans une serre développée dans le cadre du projet wallon Grew Farm. Une partie de sa toiture est équipée de panneaux photovoltaïques semi-transparents, permettant de produire simultanément des légumes et de l’électricité renouvelable.
L’énergie générée peut couvrir une partie des besoins de l’exploitation, notamment pour l’irrigation, la ventilation, les pompes à chaleur ou les équipements de suivi des cultures. L’enjeu scientifique consiste à déterminer le niveau de couverture photovoltaïque qui permet de produire de l’énergie sans réduire excessivement la lumière nécessaire aux plantes.
Deux configurations sont comparées : 33 % et 50 % de couverture de toiture. Après trois années d’expérimentation, les résultats obtenus à Gembloux indiquent qu’une couverture proche de 30 % offre, à ce stade, le compromis le plus prometteur dans les conditions locales. À 50 %, davantage d’électricité est produite et l’ombrage augmente, mais la diminution de lumière devient trop pénalisante pour plusieurs cultures.
Les essais montrent également que les réponses varient fortement selon les espèces. Certaines cultures, comme la fraise, tolèrent relativement bien l’ombrage, tandis que d’autres, comme le céleri ou le poivron doux, sont davantage sensibles au manque de lumière.
« Les incendies ont des causes immédiates variées et le changement climatique n’allume pas, à lui seul, un feu. Mais il multiplie les situations de chaleur et de sécheresse dans lesquelles celui-ci peut devenir beaucoup plus difficile à maîtriser. Nous disposons déjà de solutions pour réduire notre dépendance aux énergies fossiles et adapter nos systèmes de production. Le rôle de la recherche est maintenant de continuer à les améliorer, à en mesurer les limites et à préciser les conditions dans lesquelles elles peuvent être déployées efficacement. Pour la serre agrivoltaïque, nos essais montrent qu’autour de 30 % de couverture photovoltaïque, nous pouvons atteindre dans nos conditions un équilibre intéressant entre production alimentaire et production d’énergie. »Pr Haïssam Jijakli, fondateur du C-RAU, Gembloux Agro-Bio Tech – Université de Liège
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Durée des essais
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Troisième année d’expérimentation sur le site de Gembloux
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Couvertures comparées
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33 % (GF33) et 50 % (GF50) de la toiture couverte de panneaux photovoltaïques
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Cultures suivies
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12 espèces maraîchères d’été et 10 espèces d’hiver, complétées par des cultures de mi-saison
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Conclusion provisoire
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Autour de 30 % : compromis le plus prometteur à ce stade entre lumière, production maraîchère et production électrique dans les conditions locales
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Faire progresser les solutions pour accélérer leur mise en œuvre
Une installation agrivoltaïque doit évidemment être adaptée au climat, aux espèces cultivées, aux besoins énergétiques de l’exploitation, à son modèle économique et à son intégration dans le territoire.
La recherche permet précisément de mesurer les performances, d’identifier les limites, de déterminer les cultures les mieux adaptées et de définir les conditions dans lesquelles une technologie peut être déployée sans que la production énergétique ne se fasse au détriment de la production alimentaire.
Face à l’accélération du changement climatique, cet effort d’optimisation doit désormais aller de pair avec une mise en œuvre plus rapide des solutions disponibles. Réduire les émissions, produire davantage d’énergie renouvelable, sécuriser la production alimentaire et mieux protéger les exploitations contre les aléas climatiques ne peuvent plus être envisagés séparément.
Publié le 26/08/2026
