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Systèmes riz–écrevisses : réduire le méthane sans sacrifier l’économie



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©️ unsplash

La culture du riz est l’une des principales sources agricoles de méthane (CH₄), un gaz à très fort impact climatique. En Chine, les systèmes intégrés riz–écrevisses se sont développés rapidement : ils sont économiquement attractifs, mais leur inondation prolongée favorise la production de méthane, surtout après plusieurs années de fonctionnement.

Une équipe internationale – incluant le Professeur Haïssam Jijakli (C-RAU, ULiège) – a étudié une question simple :
changer la façon de semer le riz permet-il de réduire l’empreinte climatique de ces systèmes ?

Deux pratiques comparées : repique traditionnel vs semis direct

Repique (TP) : plants élevés en pépinière, repiqués dans une rizière déjà inondée.

Semis direct (DS) : graines semées dans un sol non inondé, l’eau n’arrivant qu’après les premières semaines.

Les chercheurs ont évalué les émissions de gaz à effet de serre, l’évolution du sol, l’activité microbienne, les rendements et les coûts, dans deux types de systèmes :

RC5 : systèmes récents (5 ans)

RC15 : systèmes matures (15 ans)

Résultats principaux : un fort potentiel de réduction du méthane

Le semis direct réduit très fortement les émissions de méthane, surtout en début de saison, lorsque les parcelles ne sont pas encore inondées. Le sol reste alors plus oxygéné, ce qui limite l’activité des microorganismes méthanogènes. L’étude montre aussi une baisse du gène mcrA, indicateur clé de la production de CH₄.

Le semis direct augmente en revanche les émissions d’oxyde nitreux (N₂O), en raison d’alternances plus marquées entre phases sèches et humides.
Mais l’impact climatique global reste nettement en faveur du semis direct, avec une réduction substantielle du GWP (Global Warming Potential).

 

L’âge du système joue un rôle clé

Dans les systèmes jeunes (RC5), les émissions de CH₄ réagissent fortement à la gestion de l’eau, ce qui maximise l’effet du semis direct.

Dans les systèmes matures (RC15), les sols ont accumulé davantage de matière organique, ce qui rend les émissions moins sensibles à l’humidité. Le semis direct reste efficace, mais des stratégies complémentaires seront nécessaires pour optimiser la réduction des GES.

Impacts économiques : moins de coûts, rendements stabilisés

Le semis direct :

- réduit fortement les coûts d’implantation (plus de pépinière, moins de main-d’œuvre, semis mécanisable) ;

- maintient des rendements stables dans les systèmes matures ;

- améliore la marge économique nette, tout en réduisant le coût climatique associé aux émissions.

 

Enjeux pour la transition agricole

Cette étude montre qu’un changement de pratique simple peut avoir un effet majeur sur le climat, sans bouleverser l’équilibre économique du système. Elle souligne aussi l’importance de considérer l’évolution temporelle des systèmes agricoles – jeunes ou matures – pour concevoir des stratégies d’atténuation efficaces.

 

Pour en savoir plus, vous pouvez consulter l’article scientifique complet :
« Optimizing rice-crayfish systems with direct seeding: impacts on greenhouse gas emissions and economic performance », accessible gratuitement jusqu’au 25 janvier 2026 via ce lien : https://authors.elsevier.com/c/1mDxCc13yd64I

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