JIFAU 2025 : ce que la recherche et le terrain nous disent sur l’avenir de l’agriculture urbaine en Afrique (et ailleurs)
Pendant les JIFAU 2025, 38 chercheurs issus de 11 pays, dont les représentants de plusieurs institutions et ONG sénégalaises, ainsi que de nombreuses équipes de terrain se sont retrouvés à Dakar pour croiser science, pratiques agricoles et enjeux urbains. Cinq sessions académiques, une table ronde biodiversité et deux journées de visites ont permis de dégager des constats solides et un agenda de recherche prioritaire.
1) Une agriculture urbaine stratégique pour les villes
Les JIFAU 2025 ont confirmé que l’agriculture urbaine et périurbaine (AUPU) participe concrètement à :
- la sécurité alimentaire et l’accès à des produits frais,
- la résilience écologique (climat urbain, biodiversité, sols),
- la circularité des flux urbains (eaux, biodéchets, énergie),
- la cohésion socio-économique, en particulier via l’emploi sur toute la chaîne alimentaire et l’implication centrale des femmes et des jeunes.
Au Nord comme au Sud, l’AUPU apparaît comme une composante essentielle des systèmes alimentaires urbains contemporains — et comme une réponse crédible aux défis amplifiés par l’urbanisation rapide.
2) Les grands enseignements des cinq sessions
Session 1 — Le foncier : la condition de survie de l’AUPU
L’urgence foncière est indiscutable. Les terres agricoles urbaines sont fragilisées par l’urbanisation, la faiblesse ou l’absence de planification locale, et des pratiques informelles à la fois protectrices et risquées.
Les pistes qui émergent :
- améliorer l’accès aux données foncières (télédétection, cartographie dynamique),
- renforcer la gouvernance multi-acteurs ville–agriculture,
- construire un plaidoyer solide sur les bénéfices multiples de l’AUPU,
- viser une logique de cohabitation plutôt que de simple “protection”.
Session 2 — Ressources et circularité : promesse forte, prudence sanitaire
Les contextes sont très contrastés (Afrique centrale, Afrique de l’Ouest, Europe) et les innovations nombreuses : bioponie, valorisation de déchets, aquaponie, élevages urbains, etc.
Le potentiel est clair : bâtir de vraies symbioses urbaines afin de développer des technologies bas coûts adaptées aux contextes du Sud .
Mais les débats ont souligné un prérequis :
- des garanties sanitaires robustes pour les flux recyclés,
- des protocoles analytiques standardisés (nutriments, contaminants, pathogènes),
- une gouvernance adaptée à la gestion partagée des ressources.
Session 3 — Résilience environnementale : un manque criant de données quantifiées
Les effets positifs de l’AUPU sur la ville sont reconnus (îlots de fraîcheur, gestion de l’eau, stabilité des sols, biodiversité), mais peu mesurés dans les pays du Sud.
Deux priorités ressortent :
- rassembler et rendre accessibles les données existantes,
- construire des indicateurs communs pour intégrer ces impacts dans les politiques urbaines.
Session 4 — Dynamiques socio-économiques : diversité, tensions, équité
Les systèmes d’exploitation urbains et périurbains sont très variés, ce qui impose des politiques publiques différenciées.
Les échanges ont pointé des tensions possibles entre producteurs, intermédiaires, distributeurs (notamment la grande distribution), et la nécessité :
- d’une gouvernance juste de la chaîne de valeur,
- d’un accès équitable à une alimentation saine,
- de stratégies de relève générationnelle et de réduction des pertes post-récolte.
Session 5 — Approvisionnement alimentaire : un rôle réel mais encore sous-estimé
L’Agriculture Urbaine et Péri-Urbaine contribue fortement à l’approvisionnement des villes en produits frais (maraîchage, œufs, etc.) et à la sécurité alimentaire des ménages agricoles et non agricoles.
Les programmes FAO (Green Cities, NICE, SAGA2) et plateformes locales mettent en avant :
- l’appui aux pratiques agroécologiques,
- le rôle central des femmes et des jeunes,
- l’importance des circuits locaux et de la proximité.
Mais la recherche doit encore mieux quantifier cette contribution et modéliser ses évolutions.
3) Quatre questions majeures pour la recherche transdisciplinaire
À l’issue des JIFAU 2025, un agenda clair se dessine :
- Comment sécuriser durablement le foncier agricole urbain dans des contextes de forte pression urbaine ?
- Comment modéliser, valoriser et sécuriser les flux urbains dans des systèmes agroécologiques circulaires ?
- Quelles sont les contributions réelles de l’AUPU à la résilience environnementale des villes ?
- Comment construire des systèmes alimentaires urbains équitables, conciliant diversité des producteurs, distributeurs et consommateurs ?
Ces questions supposent un partenariat fort entre recherche, collectivités, communautés, décideurs et bailleurs — et une production de données actualisées pour des politiques agri-urbaines fondées sur l’évidence.
