L’innovation en agriculture au-delà des frontières académiques Part 2



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©️ coralie martin

En Wallonie, l'innovation agricole s'ancre dans des pratiques alliant productivité et préservation des écosystèmes. Ces approches, loin d'être de simples concepts émergents, sont déjà mises en oruvre par des agricultures, des chercheurs, des collectivités engagées dans une transformation profonde du secteur.

 

Une agriculture plus verte et plus résiliente : l'exemple de l'agroécologie

L'agroécologie représente une véritable révolution dans nos pratiques agricoles. Historiquement, il s'agissait de produire malgré la nature, mais avec l’émergence de l’agroécologie, l’objectif est désormais de produire avec la nature. Cette approche permet non seulement de protéger la biodiversité, mais aussi de gérer durablement les ressources naturelles comme l’eau, l’énergie et les sols.
En Wallonie, l’agroécologie se déploie à grande échelle. Par exemple, Régis Collin, à la ferme du Champ des Noces à Chastre, ne laboure plus ses terres depuis plus de 10 ans et est passé à l’agriculture biologique depuis 6 ans. Sa pratique de l’agriculture biologique de conservation des sols a amélioré la structure du sol, réduisant les coulées de boue même en période de fortes pluies. Il a également installé un réseau de bandes herbeuses pour favoriser la faune et la flore et maintenir un équilibre entre prédateurs et ravageurs. L’atelier de boulangerie de la ferme, qui valorise les céréales produites, participe à son modèle économique viable, tout en créant du lien social avec les visiteurs et les écoles.
De même, Etienne Allard, à la ferme de Warelles à Enghien, a adopté la polyculture et l’élevage de vaches laitières en agriculture de conservation depuis 20 ans. Il a installé une micro-station de biométhanisation et un moulin sur la ferme, permettant de transformer et vendre sur place ses produits. Sa pratique vise à maintenir la santé des sols, avec des rotations de cultures diversifiées et l’utilisation minimale d’intrants chimiques, ce qui lui permet de générer une autonomie financière et de bénéficier de crédits carbone via l'initiative Soil Capital.
Ces exemples montrent que l'agroécologie, loin d'être une utopie, est une réalité viable et rentable en Wallonie. Actuellement, 18 Groupements d'Agriculteurs en Agroécologie (GAA) existent, et le réseau Terraé regroupe 40 fermes agroécologiques.

La permaculture : une alternative créative et durablepremière révolution agricole

La permaculture, qui repose sur trois principes éthiques comme "prendre soin de la nature, prendre soin de l'humain et distribuer équitablement les ressources", s'inscrit également dans cette dynamique. Elle s’adapte à des fermes de petite taille, et intègre des pratiques agroécologiques, mais aussi des constructions écologiques et des énergies renouvelables.
Un exemple concret est la ferme horticole de la Préale dans le Condroz namurois, lancée par Olivier Lefèbvre. Ancien patron de la Bourse de Bruxelles, il a développé un projet maraîcher diversifié en permaculture. Cette année, malgré des conditions météorologiques capricieuses, la production a été abondante grâce à l’utilisation de serres, qui ont protégé les cultures des intempéries. La ferme est devenue un véritable centre d’accueil pour les familles, avec plus de 150 visites par semaine. L’association Perma-Projects, fondée sur cette expertise, accompagne désormais d’autres projets professionnels en permaculture.

L’agriculture urbaine : cultiver autrement dans les villes

L’agriculture urbaine s’impose également comme une réponse aux enjeux alimentaires et climatiques en milieu urbain. En Wallonie, des initiatives telles que les fermes verticales, les toits cultivés et les potagers collectifs permettent de réinventer notre relation à l’alimentation. Ces projets, comme le Champ du Chaudron à Namur ou la Ferme du Chant des Cailles à Bruxelles, contribuent à l’économie circulaire en valorisant les déchets organiques et en favorisant les circuits courts.
À Bruxelles, plus de 80 hectares de potagers communautaires ont été aménagés, et le nombre d’entreprises agricoles urbaines est passé de 11 en 2013 à 46 aujourd’hui. De plus, des projets périurbains, inspirés par l’expérience de la ceinture alimentaire de Liège, se multiplient dans des villes comme Charleroi, Verviers, Tournai et Namur.

L'innovation dans la protection des cultures : biopesticides et biocontrôle

L'innovation en agriculture ne se limite pas à la production. Elle concerne également la protection des cultures. Le recours aux biopesticides, qui utilisent des micro-organismes ou des extraits de plantes, devient de plus en plus courant. En Europe, le nombre de matières actives biologiques agréées dépasse désormais celui des substances chimiques, et les biopesticides représentent environ 10 % du marché, avec une croissance annuelle de 16 %. En Wallonie, cette dynamique est soutenue par au moins 10 entreprises qui développent et commercialisent des biopesticides.
À ce titre, le Centre de Recherches en Agriculture Urbaine (C-RAU) de Gembloux Agro-Bio Tech est à la pointe de la recherche en biocontrôle, en développant des solutions adaptées aux conditions spécifiques de l’agriculture urbaine et périurbaine.

Les technologies numériques au service de l’agriculture : smart farming

Enfin, le smart farming, qui repose sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, de la robotique et des capteurs, permet de rendre l’agriculture plus précise et plus économe en ressources. En Wallonie, des projets comme Agri-Tech Wallonie accompagnent les agriculteurs dans cette transition numérique, leur permettant d’adopter des outils de gestion optimisée des sols et des cultures.

Une agriculture durable : un modèle en construction

Ces évolutions sont déjà en marche et témoignent de la vitalité du secteur agricole en Wallonie. Toutefois, les défis climatiques et la nécessité de préserver nos ressources naturelles imposent des avancées continues. Les politiques publiques, telles que les stratégies agricoles régionales et les dispositifs de soutien à l’innovation, auront un rôle clé dans l'accompagnement de ces transitions. L’agriculture de demain devra concilier performance, durabilité et inclusion pour répondre aux défis environnementaux et sociétaux.

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