AQUABIO : un biofongicide bactérien innovant pour lutter durablement contre le mildiou et les maladies racinaires

Le projet AQUABIO, porté par le Laboratoire de Phytopathologie intégrée et urbaine de l’Université de Liège – Gembloux Agro-Bio Tech, propose une avancée majeure dans la lutte biologique contre les maladies fongiques des plantes. Sous la direction du Prof. Haïssam Jijakli et de Gilles Stouvenackers, ce projet vise à développer une solution bactérienne inédite en protection des cultures, avec des performances prometteuses tant sur le plan agronomique que commercial.

Une bactérie jamais utilisée en biocontrôle

AQUABIO repose sur l’identification et l’optimisation d’une espèce bactérienne totalement nouvelle dans le domaine du biocontrôle. Isolée à partir d’un environnement atypique, cette bactérie manifeste une série de mécanismes d’action synergiques :

  • Production d’enzymes cellulolytiques (capables de dégrader les parois cellulaires des agents pathogènes),
  • Colonisation efficace de la surface racinaire,
  • Stimulation des défenses naturelles de la plante,
  • Et potentiellement, activité antibiotique (antibiose).

Ce spectre d’action multiforme constitue un atout rare dans le monde des agents de biocontrôle

Une efficacité remarquable contre les pathogènes majeurs

Les essais en conditions contrôlées ont révélé un taux de protection supérieur à 80 % contre le mildiou de la tomate (Phytophthora infestans), un des fléaux les plus redoutés en maraîchage. Ce niveau de performance est inédit parmi les solutions actuellement disponibles en biocontrôle.

En plus de sa cible principale (les oomycètes), cette bactérie démontre une action contre d'autres champignons pathogènes, comme l'Alternaria, responsable de la tache noire sur tomate. Elle s'avère ainsi polyvalente, pouvant être utilisée dans différents contextes phytosanitaires.

Résultats expérimentaux clés

Des essais en feuilles détachées de tomate ont confirmé les résultats, avec des réductions de lésions allant jusqu'à 100 % selon les modalités d'application. Les résultats moyens montrent :

  • 80,3 % de protection lors d’une application au semis,
  • 79,2 % de protection pour une double application au semis et au sol

Autre atout majeur : la bactérie reste active plus de 35 jours après l'application dans le sol, garantissant une protection prolongée des cultures.

Vers une production et une formulation innovantes

Outre les résultats scientifiques, l’équipe a relevé le défi technologique de la production à grande échelle de la souche bactérienne. Un procédé de formulation innovant a été développé, permettant d’éviter l’étape coûteuse de lyophilisation (séchage par congélation), souvent indispensable pour le stockage de micro-organismes.

Cette avancée rend la solution économiquement compétitive face aux fongicides chimiques traditionnels.

Une future spin-off en préparation

Fort de ces résultats, le projet AQUABIO ambitionne désormais la création d’une spin-off universitaire pour porter cette solution vers le marché. Les essais en plein champ actuellement en cours visent à :

  • Confirmer l’efficacité du produit dans des conditions agricoles réelles,
  • Valider sa stabilité, son innocuité et sa facilité d’utilisation pour les producteurs,
  • Préparer les dossiers d’homologation pour une mise sur le marché.

Le potentiel commercial est considérable, dans un contexte où les agriculteurs cherchent des alternatives durables, efficaces et sans résidus.

Contact

Gilles Stouvenakers

13102025 labos-phytopathologie-43

© R.A

modifié le 27/10/2025

Partagez cette page

cookieImage